chroniques d'un art de vivre

astuces minimalistes, réflexions, management humaniste, développement duable, récits d’une vie passionnée.

Comment un vieux nomade découvre la Poste et le pain de mie en mode local.

 

Quarante ans de vagabondage, et me revoilà.

Pas en transit, pas entre deux vols, pas pour quelques jours d'acclimatation avant de repartir.

Non.

Cette fois-ci, c’est pour de bon. Paris m’ouvre les bras — un peu comme ces vieux amis qu’on retrouve avec émotion et qui, finalement, ont changé de coiffure, de ton, de vocabulaire, voire de visage.

Et moi, je dois apprendre à ne plus être l’étranger. Ou plutôt… à l’être autrement.

 

J’ai quitté la France en 1978, lorsque les gares sentaient encore la Gauloise et que l’on disait "rapport" au lieu de "retour d’expérience".

Depuis, j’ai vécu dans plus de pays que je n’ai eu de vélos dans ma vie (d'autant plus que je ne sais pas faire de vélo !) — de Miami à Moscou, en passant par l’Afrique de l’Ouest, le Pakistan, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie, et tous ces pays du Golfe où on vous apprend que ce qui compte dans la vie c'est de savoir marcher au pas du chameau dans le désert.

(Belle philosophie.)

 

Quarante ans à parler anglais dans des pays qui, parfois, n’ont jamais entendu parler français.

À vivre comme un local mais en restant un étranger.

Une vie passionnante, mouvante, enrichissante, parfois inconfortable, souvent grandiose, toujours humaine.

Et là… retour à Paris. La vraie ville Lumière. Mais avec des ampoules LED maintenant.

 

Langue française, je t’aime… moi non plus.  
J’ai beau comprendre le français mieux qu’un dictionnaire Larousse dopé au café noir, je reste bouche bée devant certaines prononciations.

On dit "chaud" comme "sho", on écrit "sympa" mais on veut dire "mouais", et tous terminent leurs phrases par "voilà" sans avoir expliqué quoi que ce soit.

Même les mots changent. Ma baguette devient tradition, ma Poste est maintenant Asendia (à prononcer à l'anglaise bien sûr), et ma France est… différente.

Ce n’est pas que je ne comprends plus — c’est que tout a glissé. Lentement. Comme une nappe tectonique culturelle pendant mon absence.

 

Chronopost, Colissimo, Asendia : l’enfer est dans le détail.  
Revenir, c’est découvrir que le courrier a ses castes. Il ne suffit plus de "poster une lettre", non, il faut choisir le bon timbre, le bon logo, et surtout le bon prestataire.

Si vous voulez envoyer un colis, priez d’abord Saint Tarif.

Asendia m’a été révélé comme une potion magique pour les envois lointains — mais jusqu’à hier, je croyais que c’était un groupe de K-pop.

Et pourtant tout ça, c'est La Poste !

 

Petits bonheurs dans l’Hexagone numérique.  
Soyons honnête, tout n’est pas difficile.

La téléphonie française est une symphonie de clarté et de bas prix. Le wifi fonctionne mieux dans mon modeste studio parisien que dans certains hôtels 5 étoiles aux quatre coins de la Planète.

L’électricité est une bénédiction : pas besoin de générateur ou d’onduleur, ici elle coule comme le vin — sauf que c’est moins cher et sans gueule de bois.

Là-dessus, chapeau bas, la France.

 

Mais alors, pourquoi râlent-ils ?  
C’est le mystère de la vie locale : les Français ont tout — ou presque — mais râlent comme s’ils habitaient un bunker en zone sismique.

Je les observe, un peu incrédule, un peu agacé.

Ils rêvent des États-Unis, pays de la liberté... et des double-jobs pour survivre. Je les enverrais bien vivre, non pas en touriste, mais en local. Avec les revenus locaux au Pakistan, au Yémen, dans le Bronx ou à Nairobi. Juste pour voir combien d’heures il leur faut pour comprendre que la France est un paradis — râleur, mais un paradis.

 

Quand le retour n’est pas un retour.  
Venir entre deux missions, autrefois, c’était une parenthèse enchantée. Je goûtais la France sans y vivre vraiment. Un peu comme visiter un musée sans savoir ce que ça coûte en chauffage.

Mais cette fois, je dois m’ancrer. Et pour un homme sans patrimoine, sans rente ni retraite dorée, ce n’est pas simple.

Je parlerai bientôt du quotidien modeste — mais libre — de ma vie à la retraite. Aujourd’hui, je voulais juste dire que revenir après quarante ans, c’est… étrange.

C’est beau. C’est drôle. C’est complexe.

C’est un peu comme revivre dans un pays qu’on connaît par cœur, mais dont le cœur a changé de rythme.

Alors je réapprends : 

Les nouveaux mots, les nouveaux codes, les nouvelles colères. Je vis, je râle un peu — mais bien moins que la majorité des français — et surtout, j’écoute.

Je me sens déraciné, oui, mais pas malheureux.

Je suis une cigale transplantée, qui gratte sa guitare sous un ciel gris, en attendant que le soleil revienne. Et parfois, à Paris, il le fait.

 

À très vite mes cigales,  
signé : un "local" qui regarde encore les vitrines comme un touriste.