chroniques d'un art de vivre

astuces minimalistes, réflexions, management humaniste, développement duable, récits d’une vie passionnée.

En l’an 2000, pendant que le monde s’inquiétait du bug informatique qui allait soi-disant faire tomber les avions et effacer les comptes bancaires, moi, je recevais une proposition de poste à… Dubai.

Oui, Dubai.

 

À l’époque, je vivais à Londres et je savais à peine où ça se trouvait.

Pour moi, c’était quelque part entre les dunes et les cartes postales mal imprimées.

Mon seul repère ?

Un article lu dans un magazine américain, cinq ou six ans plus tôt, alors que je vivais à Miami. Il parlait de l’Arabie Saoudite comme d’un monde parallèle, rugueux, fermé, presque hostile. Autant dire que je n’étais pas exactement en train de faire mes valises avec enthousiasme.

 

Mais j’ai dit oui. Parce que je suis comme ça. J’ai toujours préféré les routes incertaines aux autoroutes balisées.

Et je suis parti, sans trop savoir ce que j’allais trouver.

Spoiler alert : j’ai trouvé un monde fascinant. Et je ne suis pas sûr d’en être jamais vraiment revenu.

 

Quand je suis arrivé, Dubai n’avait qu’une seule tour. Une. Et aussi beaucoup de désert entre deux maisons et quatre compounds. Pas de skyline, pas de gratte-ciel en forme de voile ou de presqu'île en forme de palmier géant.

Juste une ville pas encore en chantier, une ambition en béton armé, et des Emiratis curieux, chaleureux, et surtout déterminés.

Leur rêve ? Faire de leur ville une destination mondiale, à ajouter à la fameuse trilogie : Paris, Londres, New York.

Rien que ça.

Et ils ont réussi. Mieux que prévu. Grâce à des compétences triées sur le volet — dont j’ai eu la chance de faire partie — ils ont bâti un modèle unique.

Une ville qui ne dort jamais, mais qui sait recevoir. Une ville qui a appris à parler toutes les langues sans renier la sienne. Une ville qui, malgré ses excès, garde une âme.

Oui, même aujourd’hui.

 

De Dubai, j’ai voyagé, déménagé. Beaucoup :

Arabie Saoudite, Oman, Bahrain, Yémen… Chaque pays a son rythme, sa musique, ses contradictions.

L’Arabie Saoudite, que je craignais un peu à cause de cet article lu à Miami, m’a surpris par sa complexité. Une société en mutation, tiraillée entre tradition et modernité, mais toujours fière, toujours vivante. Un pays dont je suis vite tombé amoureux car sous ce visage austère j'ai découvert un peuple chaleureux, ouvert, accueillant, passionnant.

Oman, avec ses montagnes et ses souks paisibles, m’a offert des silences précieux et entrebaillé pour moi la porte vers ses secrets.

Bahrain, petit mais intense, m’a appris la nuance.

Et le Yémen… ah, le Yémen ! Ce pays magnifique aux paysages à couper le souffle, blessé, oublié, mais tellement riche en humanité. J’y ai bu du thé avec des inconnus devenus amis, j’y ai traversé des routes improbables, j’y ai vu des sourires qui valent tous les monuments du monde.

Le Yémen, l'Arabie Saoudite : deux pays qui prouvent à chaque instant qu'il ne faut pas s'arrêter aux apparences.

 

C’est peut-être la première région où j’aurais pu poser mes valises pour toujours.

Et croyez-moi, j’en ai vu du pays ! 

Mais là-bas, j’ai trouvé quelque chose de rare : une forme d’hospitalité qui ne s’achète pas, une curiosité sincère, une envie de construire ensemble.

La vie en a décidé autrement, et me voilà à Paris. Mais le Golfe me manque. Vraiment.

 

Évidemment, quand je parle de mon attachement à cette région, certains lèvent les sourcils. « Et les droits des femmes ? Et la censure ? Et la peine de mort ? »

Oui, il y a des réalités qu’on ne peut ignorer. Mais il y a surtout une évolution fulgurante. Ce qui était vrai hier ne l’est plus aujourd’hui. Et ce qui est vrai aujourd’hui sera certainement dépassé demain. C’est ce qui rend cette région si passionnante : elle bouge. Elle doute. Elle évite de polémiquer. Elle avance.

Et puis, il faut bien le dire : nos pays occidentaux ne sont pas les champions de la nuance.

La désinformation est partout. L’autre jour, j’ai entendu une critique de cinéma affirmer que certains films ne montrent pas de baisers pour être diffusés dans les pays du Golfe. Faux. Archi-faux.

J’ai vu des films là-bas dont pas une scène, pas une image n'a été modifée par rapport à ce que l'on peut voir dans nos salles Occidentales.

Mais il est vrai que montrer des scènes homosexuelles (même chastes) posent toujours probème et sont systématiquement censurées - les scènes en question, pas les films.

Les clichés ont la peau dure. Et les pays du Golfe, eux aussi, ont leurs caricatures de l’Occident.

Résultat ? Deux mondes qui se regardent sans se voir ni se comprendre, alors qu’ils gagneraient tant à se parler.

 

Ce qui me rend légitime — ou du moins un peu plus crédible — c’est que je n’ai jamais été un touriste.

J’ai vécu dans ces pays. J’ai travaillé, mangé, dormi, aimé, râlé, ri, pleuré là-bas. J'y ai même recontré l'amour de ma vie - mais ça, c'est une autre histoire.

J’ai vu les coulisses, pas seulement les façades.

Et c’est cette expérience que je veux partager ici, sur ce blog. Pas pour convaincre, mais pour raconter. Pour nuancer. Pour donner envie de regarder autrement.

Je reviendrai sur ces années dans d’autres textes. Je parlerai de mes amis saoudiens, de mes collègues omanais, de mes virées improbables au Yémen.

Je parlerai aussi des États-Unis, de l’Afrique, de la Russie. Parce que j’ai eu cette chance rare : celle de vivre ailleurs. Pas en touriste, mais en résident. Et ça change tout.

 

Ce billet n’est qu’un début. Une mise en bouche. Une invitation à sortir des clichés, à écouter les histoires, à comprendre les nuances.

Parce que le monde est vaste, complexe, et infiniment plus beau quand on prend le temps de le regarder sans préjugés.

Et moi, la cigale, je continue à chanter. Même si le sable me manque un peu.